samedi 18 novembre 2017

Mgr Adolphe Proulx – pertinence pour aujourd’hui

En préparation à la Première Journée mondiale des pauvres, le 19 novembre 2017,  nous présentons un texte en trois partis sur Mgr Adolphe Proulx,  le troisième évêque du diocèse de Hull (maintenant l’Archidiocèse de Gatineau), et un homme engagé sur les questions de justice sociale.  Voici le deuxième de trois extraits : Mgr Adolphe Proulx – pertinence pour aujourd’hui.


Notre société, qui a tendance de plus en plus à reléguer Dieu dans la sphère privée, accorde généralement peu d’attention aux exigences sociales de l’Évangile et à la doctrine sociale de l’Église. Mgr Proulx a dû faire face tout au long de sa carrière aux résistances de plusieurs personnes qui n’appréciaient pas ses sorties publiques, autant politiciens que simples fidèles chrétiens, mettant en cause la justesse de l’engagement social du chrétien et en particulier d’un évêque qui n’a jamais craint de faire connaître ses points de vue par l’entremise des médias.


Il eut à subir d’acerbes critiques à diverses occasions, par exemple lors de la sortie du document de l’épiscopat canadien, “Jalons d’éthique et de réflexion sur la crise économique actuelle” publié lors de la grave récession économique de 1982-83. On l’invitait alors à demeurer dans ses quartiers ou à laisser à d’autres mieux préparés que lui le soin de se pencher sur les conditions de vie sociales et économiques du pays et sur le sort des déshérités et des chômeurs. Mgr Proulx n’a pas craint ces critiques qui ont toujours été présentes tout au long de sa mission et il y a répondu avec patience (mais aussi avec fermeté) à diverses reprises, par exemple à l’occasion d’une allocution prononcée au Club Richelieu de Thurso le 5 mai 1976.

“L’unité des chrétiens ne peut pas être édifiée sur le mensonge ou sur un bon-intentionnisme neutre. Jésus voulait l‘unité de ses disciples, mais cela ne l’a pas empêché de parler des hypocrites et des sépulcres blanchis , ni de chasser les vendeurs du temple! Il est évident que personne n’aime à se faire remettre en question: « Qu’as-tu fait du vieillard parqué dans un foyer d’accueil mal organisé? Quand as-tu visité cette personne âgée la dernière fois? Quand as-tu pensé à élire des hommes capables d’assurer des lois plus justes dans nos différents parlements? Quand t’es-tu intéressé vraiment au sort des assistés sociaux, nos blessés de guerre, victimes d’une société de plus en plus axée sur des profits? Quand t’es-tu contaminé en acceptant l’ex-prisonnier dans ton voisinage ou l’ex-drogué qui veut rebâtir sa vie? » (VSV, p. 149).


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Découlant en droite ligne de l’Évangile et de la doctrine sociale de l’Église, sa pensée sociale a débordé les frontières du temps et de l’Église elle-même, et les chrétiens et chrétiennes du Québec et du Canada d’aujourd’hui ainsi que toute personne de bonne volonté peuvent continuer à s’inspirer de lui et de ses prises de position éclairantes. Message social qui, on l’aura constaté dans ce court texte, est toujours aussi pertinent qu’inspirant pour le bien et le véritable progrès de l’Église, de notre société et du monde actuel!

vendredi 17 novembre 2017

Mgr Adolphe Proulx – vers une société juste et solidaire

En préparation à la Première Journée mondiale des pauvres, le 19 novembre 2017,  nous présentons un texte en trois partis sur Mgr Adolphe Proulx,  le deuxième évêque du diocèse de Hull (maintenant l’Archidiocèse de Gatineau), et un homme engagé sur les questions de justice sociale. Voici le deuxième de trois extraits : Mgr Adolphe Proulx – vers une société juste et solidaire.


Qu’est-ce qu’une société juste et solidaire pour Mgr Proulx?  C’est d’abord une société qui repose sur le principe du respect de la dignité de la personne dans son intégralité. Mgr Proulx tirait la substance de ses interventions publiques d’une vision très nette de ce que devrait être une société qui accorde aux personnes la première place. Dans cette perspective, il se situe en droite ligne avec la doctrine sociale de l’Église qui place parmi ses principes de base la solidarité avec les démunis et les sans-voix et le respect de la dignité de la personne humaine dans toutes ses dimensions, personnelle, sociale et économique (COM, no. 82, p. 45). C’est pourquoi il s’est intéressé avec tant d’insistance aux personnes âgées et aux personnes malades, aux jeunes, à toutes les victimes des crises économiques, aux réfugiés, aux familles et aux femmes en particulier.

En ce sens, on peut dire de lui qu’il est un humaniste chrétien intégral et solidaire, qualificatif que l’on utilise aussi pour décrire la doctrine sociale de l’Église. “Quand nous parlons de libération, nous voulons embrasser toute la personne et tous les aspects qui peuvent l’aider à grandir et à s’épanouir”, écrit-il en 1985. (VSV, p. 162). Cette vision, il l’emprunte à ce qu’il appelle “notre héritage chrétien” (VSV, p. 162).

Héritage que l’on peut d’abord identifier par ses sources scripturaires, tant dans la Première Alliance que dans la Nouvelle. Dans ses écrits sur le sujet et en raison de sa fine connaissance des Livres saints, Mgr Proulx se révèle plus d’une fois comme un commentateur aussi érudit que sage. 

“Si Dieu veut la vie, il veut les conditions nécessaires à la vie”. Mgr Proulx en appelle à la mission prophétique telle qu’exprimée maintes fois dans l’Ancien Testament pour appuyer ses prises de position (VSV, p. 154).

Pour ce qui est de la Nouvelle Alliance, Mgr Proulx explique ce qu’il faut comprendre par l’expression “la vie en abondance”. “Parce qu’il est venu accomplir les promesses annoncées, Jésus se devait de proclamer l’arrivée des temps nouveaux dans des termes de “plus” lui aussi. “Il est venu pour la vie” comme le dit un chant populaire dans des groupes chrétiens. En Jean 10, Jésus se compare au Bon Pasteur qui est venu pour que ses brebis aient la vie et l’aient en abondance” (VSV, p. 155).

Il cite évidemment Matthieu 25, 31-46, pour faire voir comment Jésus s’est identifié aux pauvres. Son interprétation du texte est fort judicieuse lorsqu’elle insiste sur le verbe “faire” et non pas sur le pauvre en tant que “ré-incarnation” de Jésus.


Il met de l’avant une conception de l’Église servante et pauvre au service des plus pauvres. Ses écrits (voir VSV, p. 157) ne vont pas sans rappeler le Père Congar qui publiait dans les années 1960 son opuscule “Pour une Église servante et pauvre” et plus près de nous, le pape François qui, dans “La Joie de l’Évangile”, nous parle d’une Église pèlerine, d’une Église en sortie.

 “C’est dans ce sens qu’il faut comprendre le désir qui s’est fait de plus en plus pressant, ces dernières années, de voir l’Église devenir davantage “servante et pauvre”: on la veut pauvre non pas parce que la pauvreté ou la misère est une bonne chose en soi, on la veut pauvre afin qu’elle soit plus libre, plus détachée, plus capable de porter une attention toute particulière aux plus démunis de la communauté, comme Jésus le demande” (VSV, pp. 157-58).


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Il s’intéressait à toutes les victimes, sans oublier celles des sociétés oppressives et marquées par l’injustice sociale à l’interne et dans les rapports sociaux et économiques internationaux.  Par exemple, le Salvador, pays qui a fait l’objet d’une grande sollicitude de sa part et sur lequel il s’est prononcé à plusieurs reprises afin de défendre son peuple alors opprimé sous le couvert de l’idéologie de la sécurité nationale. Fidèle au magistère social de l’Église, il conçoit la paix comme une conséquence de la justice à l’intérieur et entre les nations.

19 novembre: Journée mondiale des pauvres - Partie 2

(Ce billet est le deuxième de deux parties) 

À la lecture du message du pape François, je ne peux m’empêcher de faire le lien avec le livre de Mgr Ébacher paru récemment : «Il nous aima jusqu’au bout». Ce «roman d’amour» comme il aime lui-même le qualifier couvre quatre chapitres de l’Évangile selon Saint-Jean, les chapitres 13 à 17 soit le testament de Jésus; il est donc normal que les textes sur l’amour de Dieu et du prochain se recoupent. 

« La vie évangélique, c’est de suivre Jésus, et comme lui se mettre au service des autres. »p.26  nous dit Mgr Ébacher. Citant le grand commandement : Aimez-vous les uns les autres comme je vous ai aimés et «À ceci tous reconnaîtront que vous êtes mes disciples si vous avez de l’amour les uns pour les autres »,  Mgr Ébacher ajoute à la page 48 «Le disciple accueille dans la foi cet ordre d’aimer en inventant au quotidien des façons de donner sa vie pour les autres en particulier en faveur des plus petits et des plus marginalisés.» Il va même jusqu’à dire : « Il n’y a pas de célébration eucharistique vraie sans la pratique d’un amour effectif qui exige justice, charité, miséricorde, pardon. L’ordre de manger le pain et l’ordre de vivre la charité sont inséparables ».p.32

Tout en demeurant attentive aux gestes à poser, je choisis de me joindre à l’intention mensuelle de prière  de novembre de l’évêque : «Prions pour les pauvres aux multiples visages qui se trouvent sur nos routes quotidiennes afin de nous sensibiliser à la misère humaine et que, comme Jésus,  nous cherchions à les approcher pour leur tendre une main et/ou les aider à retrouver leur dignité. »
Je choisis  aussi de rendre grâce pour tous ces groupes et organismes communautaires qui investissent temps et énergie pour nourrir, vêtir, loger et défendre les droits des pauvres. Je choisis de rendre grâce pour toutes ces personnes qui se sont mises ensemble pour sauver la Maison d’accueil Mutchmore.
 Je choisis de rendre grâce pour les maîtres spirituels de tous les temps : les apôtres qui ont continué  l’œuvre  de Jésus puis « ces hommes et les femmes  qui, de diverses manières, ont offert leur vie au service des pauvres » : Saint-François d’Assise et toute la famille franciscaine, Sainte Marguerite d’Youville  et ses filles, Madeleine Delbrel et son indivisible amour,  pour n’en citer que quelques-uns.

Je choisis de rendre grâce pour Mgr Adolphe Proulx et son option préférentielle pour les pauvres. Je choisis de rendre grâce pour Laetitia Clairet et Mario Dion qui, par leur PORTRAIT PARTIEL DE L’ENGAGEMENT SOCIAL DES COMMUNAUTÉS PAROISSIALES du Diocèse de Gatineau, nous ont tracé tout un chemin de lutte à la pauvreté.

Le pape invite tous les hommes et femmes de bonne volonté, chrétiens et autres confessions, à avoir «le regard fixé sur les pauvres», à leur tendre la main, à rester avec eux, à s’ouvrir au partage. Il souhaite que les communautés chrétiennes deviennent toujours davantage signe concret de la charité pour les derniers et ceux qui sont le plus dans le besoin.» Les pauvres sont nos frères. «Dieu a créé le ciel et la terre pour tous.» Dans notre diocèse, à la demande du Saint-Père, faisons concrètement de cette journée du 19 novembre, une journée « de solidarité, de rencontre, de prière et d’aide concrète vis-à-vis des personnes fragiles ». Invitons une personne dite «pauvre» à notre table. Récitons le Notre Père et la prière pour les pauvres  du pape François.   

jeudi 16 novembre 2017

19 novembre: Journée mondiale des pauvres - Partie 1

(Ce billet est le premier de deux parties) 

«N’aimons pas en paroles, mais par des actes », tel sera le thème de la journée mondiale des pauvres décrétée par le pape François  pour le 19 novembre. Nous ne pouvions imaginer meilleur thème pour poursuivre l’invitation faite aux chrétiens-es de participer aux œuvres corporelles et spirituelles suite à l’année de la miséricorde. Inspiré de la première épître de Saint-Jean(3,18), le Saint-Père, dans son message  du 13 juin 2017, nous presse de nous intéresser à la personne pauvre elle-même.  Oui, bien sûr, on peut facilement parler de pauvreté, apporter toutes sortes de statistiques la concernant, mais de la personne pauvre qui vit près de  chez-nous, que savons-nous ? Ce message du pape m’interpelle et suscite en moi bien des réflexions et des réactions. J’ose en partager quelques-unes avec vous.

Le  premier questionnement  qui me vient à l’esprit  est celui qui touche  les différentes formes  de pauvreté ; d’abord la pauvreté matérielle : A-t-elle du pain sur la table? A-t-elle des vêtements assez chauds pour affronter notre climat hivernal? A-t-elle un logis convenable? Quel est son état de santé physique  et/ou psychologique? Je me soucie ensuite de son isolement soit de sa pauvreté sociale : Y a-t-il quelqu’un qui vient la voir? Peut-elle compter sur le support de parents, d’amis? A-t-elle du travail ? Si oui, quelles sont ses conditions de travail? A-t-elle la responsabilité d’enfants, de parents aînés? Est-elle retraitée? La fréquentation d’une cuisine collective, d’une maison de quartier lui serait-elle profitable? A-t-elle accès à un moyen de transport pour les différents services dont elle a besoin? Quels loisirs lui sont accessibles?

Puis-je faire quelque chose pour elle? À qui pourrai-je la référer si je ne peux l’aider? Que sais-je de la cartographie de la faim? La soupe populaire a des soucis; Vallée Jeunesse est menacée de fermer.  Quelles sont difficultés actuelles de nos groupes communautaires ? Dans quelle mesure suis-je  consciente de la situation de nos milieux socio-économiques?
Il serait facile pour moi de critiquer, de blâmer, les autres  et  les gouvernements en citant tout ce qui ne va pas actuellement. Oui nous avons le devoir de  nous informer, de dénoncer et de condamner.  Oui nous devons lutter contre les innombrables formes de pauvreté parce qu’elles défigurent la dignité personnelle.

 Quelle dignité est-ce que je  reconnais à la personne pauvre ? Si moi je peux lui venir en aide, me suis-je déjà demandé ce qu’elle, elle peut m’apporter? Vous est-il déjà arrivé de venir au secours d’une personne que vous considériez démunie que ce soit au point de vue physique ou mental et qu’à un moment donné, ce soit elle qui vous apporte joie et consolation? La parole de Jean Vanier citée dans Prier la Parole du 3 novembre dernier conforte celle du notre pape : «Le plus pauvre a un pouvoir extraordinaire de guérir certaines blessures de nos propres cœurs»  Se pourrait-il que Jésus lui-même qui nourrit  les foules, guérit les malades, pardonne les péchés, me touche, me parle, me rejoigne par elle?

                                                                                                               
Nicole Fortier Courcy
5 novembre 2017